HUIS CLOS

mai 25, 2020

Organiser de grands événements sportifs à huis clos, est-ce une idée qui vous tente?

L’ambiance manquerait certainement à un match de football sans des supporters dans les tribunes. Jouer sous vide serait difficile pour les joueurs qui auraient du mal à se motiver dans un silence sinistre. Mais pour ceux qui ont des symptômes de manque, regarder un match à la télé serait peut-être mieux que rien.

On commence à se rendre compte du rôle des supporters dans le spectacle. Un match sans la clameur de la foule et les applaudissements des fans semblerait creux et appauvri. Roland Garros, l’Euro de football, les JO. Des millions de personnes s’y attendaient avec impatience. Mais organiser ces événements à huis clos pourrait nuire à leur popularité à long terme.

On dit que chaque point de vue apporte un contrepoids. Dans sa pièce de théâtre Huis Clos, Jean-Paul Sartre a écrit que “l’enfer, c’est les autres”. Mais pour ce qui est du sport, le contraire est peut-être vrai. Certains préféreraient se résigner à l’ajournement des grands événements cette année pour s’en régaler de nouveau en 2021. Qu’en pensez-vous?

BEHIND CLOSED DOORS

Organising big sporting events behind closed doors, is this an idea which appeals to you?

There would certainly be an atmosphere bypass if there were no supporters in the stands at a football match. Playing in a vacuum would be difficult for players who would have trouble motivating themselves in an eerie silence. But maybe people experiencing withdrawal symptoms would find watching a match on TV better than nothing.

You begin to realise the part played by the spectators in the spectacle. A match without the roar of the crowd and the clapping of the fans would seem hollow and impoverished. Roland Garros, the European football championship, the Olympic Games. Millions of people were looking forward to them. But staging these events behind closed doors could have an adverse long term effect on their popularity.

It’s said that for every point there’s a counterpoint. In his play “Huis Clos” (Behind Closed Doors), Jean-Paul Sartre wrote that “hell is other people”. But as far as sport is concerned, the opposite might be true. Some people would prefer to resign themselves to postponing big events this year in order to really enjoy them once again in 2021. What do you think?


LE RETOUR DU CASTOR

mars 16, 2020

Nous vivons des heures sombres, c’est indéniable. Jouer les Cassandre fait fureur et à juste titre. Mais parmi toutes les mauvaises nouvelles se cachent de temps en temps des bonnes. Des traces de la présence des castors ont été découvertes dans le nord de la France où, à toutes fins pratiques, ils avaient disparu. Le grand rongeur arriverait de la Belgique où il a été réintroduit il y a une dizaine d’années. Pour autant, personne n’a vu l’animal lui-même.

Les castors étaient présents partout en France jusqu’au XVIIe siècle. Mais malheureusement les chasseurs étaient présents eux aussi, la fourrure de l’animal étant très prisée. Les castors ont changé leur comportement pour devenir nocturnes et ainsi éviter la menace humaine.

En France, les castors sont une espèce protégée depuis 1968. Au Royaume-Uni, selon le Woodland Trust, on estime la population de castors à 400. Pourtant il n’y a pas de protection juridique et les propriétaires terriens peuvent les abattre sans réglementation.

Parfois les castors font des dégâts sur les arbres en bordure des cours d’eau, mais, en construisant des barrages, ils créent de nouvelles zones humides et contribuent à la biodiversité avec de nouveaux habitats. Dans certaines régions le risque d’inondation est diminué grâce à ces bosseurs, un grand avantage dans cette période de crues.

Vous vous rappellerez peut-être que Jean-Paul Sartre appelait Simone de Beauvoir “Castor” car son nom rappelait l’anglais “beaver”. Il tenait en estime les castors “qui vont en bande et qui ont l’esprit constructeur”. Il nous incombe de les respecter, nous aussi.

THE RETURN OF THE BEAVER

We’re living in dark times, that’s for sure. Spreading doom and gloom is all the rage and justifiably so. But in amongst all the bad news, good news is occasionally hidden. Beaver tracks have been found in the north of France where, to all intents and purposes, they’d become extinct. The large rodent is said to have come from Belgium where it was reintroduced about ten years ago. Even so, no-one’s actually seen the animal itself.

Beavers were around in France until the seventeenth century. But unfortunately, hunters were also around, the animal’s fur being very sought after. Beavers changed their behaviour to become nocturnal and thus avoid the threat from humans.

In France, beavers have been a protected species since 1968. In the UK, according to the Woodland Trust, the population is estimated at 400. However, there is no legal protection and landowners can cull them without regulation.

Sometimes beavers cause damage to trees on the banks of water courses, but, by building dams, they create new wetland areas and contribute to biodiversity with new habitats. In some areas, the flood risk is diminished thanks to these hard workers, a big advantage in this time of rising waters.

You may remember that Jean-Paul Sartre used to call Simone de Beauvoir “Castor” as her name was reminiscent of the English “beaver”. He held beavers in high respect “they’re team players and have a constructive spirit”. It’s incumbent on us too to respect them.


LA GRANDE MOTTE

août 14, 2017

Ça vous touche? Ça vous impressionne? Ça vous fait frémir? Aimée et détestée dans la même mesure, La Grande Motte ne laisse personne indifférent.

C’est la station balnéaire phare du programme de développement du tourisme de masse lancé par le général de Gaulle au début des années soixante, afin de retenir en France les touristes attirés par l’Espagne et de diversifier l’économie d’une région trop dépendante de la viticulture.

En avance sur son époque, l’architecte Jean Balladur (ancien élève de Jean-Paul Sartre et cousin de l’ancien premier ministre Édouard Balladur) a créé une ville jardin fondée sur des principes de développement durable.

Il s’est inspiré des pyramides Maya surtout pour l’orientation des immeubles perpendiculairement au littoral, ce qui a doublé le nombre d’appartements avec vue sur mer. Il a aussi fait entrer en jeu le dialogue entre le yin et le yang ou des contraires s’harmonisent.

La ville dédiée au soleil (mais on peut la traverser en restant à l’ombre) a 70% d’espaces verts et une promenade éloignée de toute circulation automobile. 120.000 vacanciers l’occupent en pleine saison, mais les habitants permanents, les Grands-Mottois, ne comptent qu’environ 10.000.

Le nom de Grande Motte a pour origine le domaine viticole qui se situait près de la plus grande dune du coin. La ville est jumelée avec la ville de Hornsea en Angleterre. Est-ce que parmi mes lecteurs et lectrices britanniques quelqu’un habite à Hornsea? La grande mode ou la grande moche? À vous de juger.

LA GRANDE MOTTE (the big mound)

Does it move you? Does it impress you? Does it make you shudder? Loved and hated in equal measure, La Grande Motte always provokes a reaction.

It’s the flagship seaside resort of the mass tourism development programme launched by General de Gaulle at the beginning of the sixties, with the aim of keeping tourists drawn to Spain in France and diversifying the economy of an area too dependent on wine growing.

Ahead of his time, the architect Jean Balladur (former pupil of Jean-Paul Sartre and cousin of the former prime minister Édouard Balladur) created a garden town founded on sustainable development principles.

He got his inspiration from the Maya pyramids, especially the orientation of the apartment blocks perpendicular to the coast, which doubled the number of flats with sea view. He also brought into play the dialogue between yin and yang where opposites are in harmony.

The town dedicated to the sun (but you can walk through it and stay in the shade) has 70% green spaces and a promenade well away from car traffic. 120,000 holidaymakers are there in the high season, but there are only around 10,000 permanent inhabitants, the Grands-Mottois.

The name “Grande Motte” (big mound) originates in the vineyard which was situated near the biggest dune in the area. The town is twinned with Hornsea in England. Is there anyone who lives in Hornsea amongst my British readers? The height of fashion or the height of ugliness? It’s up to you to decide.


MAI 1968

mai 20, 2014

Que signifient pour vous les événements de mai 68 en France ? Quelles sont les images et les paroles que vous avez retenues ?

Une révolution d’abord sexuelle, ensuite culturelle et finalement politique d’une société qui essayait de rattraper les États-Unis et la Grande Bretagne. Une grève générale qui a failli renverser le gouvernement mais qui, après six semaines de pagaille dans les rues de Paris, a mené à un marché avec les syndicats qui garantissait la préservation du capitalisme.

La France sous de Gaulle était un pays plutôt opprimé et dépassé par rapport à son voisin d’outre-Manche. Dans des photos des étudiants derrière les barricades du Quartier Latin, on voit qu’il y en avait qui portaient des vestes et des cravates. Ce n’étaient certainement pas des icônes de la mode, ces soixante-huitards !

Jean-Paul Sartre debout sur une tribune improvisée devant les usines Renault à Boulogne-Billancourt ? Les CRS vêtus d’uniformes et de casques cul-cul ? Les pavés de la Rive Gauche s’envolant en toutes directions ?

Pour moi, étant manieuse de mots, ce sont les slogans des manifestants qui restent dans la mémoire : ‘Il est interdit d’interdire de dire’, ‘Prenez vos désirs pour des réalités’, ‘Soyez réalistes, demandez l’impossible’.

Si vous avez des mémoires ou des commentaires, ne vous gênez pas de les partager avec les autres lecteurs de ce blog.

 

Mai_68_debut_d'une_lutte_prolongee

 

MAY 1968

What do the events of May 68 in France mean to you ? What are the images and words that you’ve remembered?

A revolution which was initially sexual, then cultural and finally political in a society which was playing catch-up with the U.S. and Britain. A general strike which nearly toppled the government but which, after six weeks of mayhem in the streets of Paris, led to a deal with the unions which ensured the continuation of capitalism.

France under de Gaulle was a rather oppressed and outmoded country in comparison with its neighbour on the other side of the Channel. In photos of students behind the barricades of the Latin quarter, you can see that some of them were wearing jackets and ties. They certainly weren’t fashion icons, those sixty-eighters.

Jean-Paul Sartre on his soapbox in front of the Renault factory in Boulogne-Billancourt ? The CRS (riot police) in their ridiculous uniforms and helmets? The cobbles of the Left Bank flying in all directions?

For me, being a wordsmith, it’s the protesters’ slogans which linger in the memory : Il est interdit d’interdire de dire (It’s forbidden to forbid speech), Prenez vos désirs pour des réalités (Make your desires into reality), Soyez réalistes, demandez l’impossible (Be realistic, ask for the impossible).

If you have memories or comments, feel free to share them with other readers of this blog.