LE RAINBOW WARRIOR

juillet 10, 2017

Le 10 juillet est une date importante dans le calendrier de l’organisation écologiste Greenpeace. Car c’est le 10 juillet 1985 que les services secrets français ont détruit le Rainbow Warrior et entraîné la mort de Fernando Pereira, photographe portugais et membre de l’équipage de Greenpeace.

Ce triste épisode scandaleux a eu lieu en Nouvelle Zélande. Les saboteurs voulaient empêcher les militants de Greenpeace de perturber les essais nucléaires français sur l’atoll de Mururoa dans le Pacifique.

Le navire a coulé dans le port d’Auckland, éventré par deux bombes. Le sabotage avait tourné mal. Pendant deux mois, Charles Hernu, ministre de la Défense, a nié l’implication de la France dans l’attentat, mais il a fini par démissionner. Il n’y a pas eu d’enquête parlementaire. Aucun gouvernement sauf la Nouvelle Zélande n’a condamné l’action française et on a continué d’étouffer l’affaire. Avec le recul du temps, chacun sait que c’était un acte de terrorisme soutenu par l’État et que le président de la République, François Mitterrand, était au courant.

Après cette affaire, Greenpeace, dont la philosophie est fondée sur des principes d’action directe non-violente et de témoignage au tort moral, a vu sa popularité monter dans le monde entier. En 1996, le Rainbow Warrior II, qui a remplacé le chalutier détruit, a été attaqué par des militaires français qui ont employé des bombes lacrymogènes et démoli du matériel. Il a pris sa retraite en 2011, remplacé par le Rainbow Warrior III, un navire spécialement construit afin de permettre à Greenpeace de poursuivre ses campagnes.

THE RAINBOW WARRIOR

The 10th July is an important date in the calendar of the environmental organisation Greenpeace. Because it was on 10 July 1985 that the French secret services destroyed the Rainbow Warrior and caused the death of Fernando Pereira, a Portuguese photographer and member of the Greenpeace crew.

This sad, scandalous episode took place in New Zealand. The saboteurs wanted to prevent Greenpeace militants from interfering with French nuclear tests in Mururoa in the Pacific.

The boat sank in the port of Auckland, torn apart by two bombs. The sabotage had gone badly. For two months, Charles Hernu, minister of Defence, denied French involvement in the attack, but he ended up resigning. There was no parliamentary enquiry. No government outside of New Zealand condemned the French action and the cover-up continued. With the passage of time, it’s become common knowledge that this was a state-sponsored act of terrorism and that the French president, François Mitterrand, was aware of the situation.

After this affair, Greenpeace, whose ethos is based on the principles of non-violent direct action and bearing witness to moral wrong, saw its popularity increase all around the world. In 1996, the Rainbow Warrior II, which replaced the destroyed trawler, was attacked by the French military who used tear gas and smashed up equipment. It was replaced in 2011 by the Rainbow Warrior III, a boat purpose-built for Greenpeace campaigning.

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LA COHABITATION

décembre 19, 2016

Quand on fait mention de cohabitation en France, on parle peut-être d’un couple qui vit ensemble ou bien de la situation ou le président de la République est obligé de travailler avec une majorité à l’Assemblée nationale qui s’oppose à lui.

En ce qui concerne deux personnes qui vivent en couple, sans être mariés ni pacsés (1), on parle officiellement de concubinage. Ouverte aux couples de même sexe ou de sexe opposé depuis 1999, cette “vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité”, produit des effets bien moins étendus que le mariage ou le Pacs. Chaque concubin doit déclarer ses revenus séparément et leurs enfants communs peuvent être comptés à charge par l’un ou l’autre. En principe, les concubins ne sont pas solidaires des dettes contactées par l’un d’entre eux, mais dans la pratique l’ambiguité de leur relation permet parfois aux créanciers de poursuivre les deux concubins.

Dans le monde politique, pour que les institutions continuent à fonctionner pendant une cohabitation, le président de la République doit renoncer à une partie de ses prérogatives. Il doit choisir le Premier ministre dans la majorité parlementaire et ne peut plus intervenir dans la formation du gouvernement. Il conserve toutefois le droit de critiquer ouvertement le gouvernement et peut intervenir en matière de politique étrangère et de défense.

Le terme est né en 1986 quand le Président François Mitterrand (du Parti socialiste) a désigné Jacques Chirac (du RPR) comme chef du gouvernement après la victoire de la droite aux élections législatives. La soi-disant cohabitation de velours, toujours sous la tutelle de François Mitterrand, a vu Édouard Balladur (du RPR) nommé Premier ministre en 1993. Cette cohabitation s’est annoncée dès le début sous des dehors tranquilles, d’où l’appellation. Pour la troisième cohabitation en 1997, c’était le contraire: un président de droite, Jacques Chirac, qui a dû travailler avec Lionel Jospin du Parti socialiste.

(1) Quelqu’un qui est pacsé est lié à un autre par un Pacs (pacte civil de solidarité), un contrat qui organise leur vie commune.

Salianne va marquer une pause pendant les fêtes. Je vous souhaite à tous et à toutes un joyeux Noël et une excellente année 2017.

COHABITATION

When “cohabitation” is mentioned in France, they might be talking about a couple who live together or the situation where the president of the Republic has to work with a parliamentary majority from the opposition.

When talking about two people who live together as a couple, without being married or pacsed (1), the official term is “concubinage”. Open to couples of the same sex or opposite sex since 1999, this “communal life demonstrating a stable and continuous character” has a far less extensive effect than marriage or Pacs. Each cohabitant or common law husband/wife, has to make separate tax returns and their joint offspring can be dependants of either partner. In principle, the cohabitants aren’t responsible for each other’s debts, but in practice the ambiguity of their relationship sometimes allows creditors to bring proceedings against them both.

In the political world, so that institutions continue to function during cohabitation, the president of the Republic has to renounce some of his prerogatives. He has to choose a prime minister from the parliamentary majority and doesn’t have a say in the formation of the government. However, he retains the right to openly criticise the government and can intervene in matters of foreign policy and defence.

The term came into use in 1986 when president François Mitterrand (socialist party) appointed Jacques Chirac (of the right-wing RPR) as head of the government after the right’s victory in the parliamentary elections. The so-called “velvet cohabitation”, again under François Mitterrand, saw Édouard Balladur (of the RPR) appointed prime minister in 1993. This cohabitation seemed amicable to outward appearances from the outset. For the third cohabitation in 1997, it was the opposite: a right-wing president, Jacques Chirac, who had to work with Lionel Jospin of the socialist party.

(1) Someone who is “pacsed” is linked to another person by a Pacs (civil solidarity pact), a contract which organises their communal life.

Salianne will be taking a break over the holiday period. I wish you all a Merry Christmas and an excellent 2017.


LE CHAPEAU DE MITTERRAND

juillet 7, 2015

Pensez-vous que le simple fait de porter un certain chapeau pourrait vous changer la vie ? C’est la prémisse de base du roman d’Antoine Laurain Le Chapeau de Mitterrand qui brosse un tableau réjouissant de la France des années quatre-vingt à travers plusieurs personnages qui se voient propriétaires temporaires du chapeau du grand homme.

Le couvre-chef du Président passe de main en main nous plongeant dans les dilemmes des porteurs de cette France de l’ère d’avant les téléphones portables. Pas besoin de croire qu’un chapeau puisse posséder de vrais pouvoirs magiques : les femmes reconnaîtront comment des vêtements sont capables de vous faire voir la vie autrement.

Le style d’écriture est simple et facile à suivre mais pour autant pas simpliste. Ça me rappelle un peu les romans de la série de Scotland Street d’Alexander McCall Smith, mais avec une atmosphère française bien sûr.

Je vous recommande vivement ce récit plein de charme et de fantaisie gallique qui conviendrait même à ceux qui se battent pour lire un roman entier en français. Il est court, quelque 190 de pages en livre de poche, et les chapitres sont courts aussi. Une traduction anglaise est aussi disponible pour acheter au cas où… Le dernier roman de Laurain La Femme au Carnet Rouge est également une vraie perle.

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MITTERRAND’S HAT

Do you think the mere fact of wearing a certain hat could change your life ? That’s the basic premise of Antoine Laurain’s novel ‘Le Chapeau de Mitterrand’which paints a delightful picture of France in the 1980s through various characters who find themselves in temporary possession of the great man’s hat. 

The President’s titfer passes from hand to hand, immersing us in the dilemmas of the wearers in this pre-mobile phone era in France. No need to believe that a hat can actually have magic powers: women will recognise how clothes are able to make you see life differently. 

The writing style is straightforward and easy to follow, but not simplistic for all that. It reminds me a bit of the Scotland Street novels of Alexander McCall Smith, but with a French flavour of course.

I really recommend this story full of charm and Gallic whimsy which would also be suitable for people who struggle to get through a whole French novel. It’s short, some 190 pages in paperback, and the chapters are short too. An English version is also available to buy just in case… Laurain’s latest novel ‘La Femme au Carnet Rouge’ (The Red Notebook) is another little gem.

 


LA MARCHE DES BEURS

octobre 15, 2013

Si vous n’avez jamais entendu parler de la Marche des Beurs, vous n’êtes pas seuls : 80% des Français ne s’en souviennent pas.

Suite à une série de crimes racistes et des affrontements entre policiers et jeunes immigrés dans le quartier des Minguettes à Vénissieux (dans la banlieue sud de Lyon), une quarantaine de personnes sont parties de Marseille le 15 octobre 1983 pour une ‘marche pour l’égalité et contre le racisme’. Surnommée la Marche des Beurs, on dit souvent que c’était ‘le mai 68 des immigrés’.

Au début, l’initiative pacifique et revendicative, inspirée de Martin Luther King et de Gandhi, était reçue avec une indifférence polie. Sept semaines plus tard, les marcheurs ont été accueillis à Paris par 100 000 personnes et ont été reçu par le Président de la République de l’époque, François Mitterrand, qui a pris le devant et a accordé aux immigrés la carte de séjour de 10 ans. SOS Racisme est né en 1984, capitalisant sur le mouvement de sympathie né autour de la marche.

Et aujourd’hui ? Pourquoi cette amnésie collective ? J’en sais pas plus que vous. Mais espérons que les nombreuses initiatives de sensibilisation qui sont prévues d’ici le 3 décembre réussiront à graver l’essence de la marche dans la mémoire, non seulement des Français, mais de tous les citoyens du monde.

LA MARCHE DES BEURS

THE MARCH OF THE ARABS

If you’ve never heard of the March of the Arabs (Beur is French Arab backslang for Arab), you’re not alone: 80% of French people don’t remember it.

Following a series of racist crimes and clashes between police and young immigrants in the Minguettes quarter of Vénissieux (in the southern suburbs of Lyon), around forty people left Marseille on 15 October 1983 for a ‘march for equality and against racism’. Nicknamed the March of the Arabs, it’s often said that it was the immigrants’ equivalent of May 1968.

At the start, the peaceful protest march, inspired by Martin Luther King and Gandhi, was met with polite indifference. Seven weeks later, the marchers were welcomed in Paris by 100,000 people and met with the then President, François Mitterrand, who took the initiative and granted immigrants 10-year residence permits. ‘SOS Racism’ was founded in 1984, capitalising on the sympathy provoked by the march.

What about today? Why this collective amnesia? Your guess is as good as mine. But let’s hope that the numerous awareness-raising events which are expected to take place between now and 3 December will succeed in etching the essence of the march in the memory not only of French people but of people all round the world.


INSULTER LE PRÉSIDENT

août 2, 2013

Allez y, foncez, vous êtes désormais libre d’insulter le chef de l’État sans aucun scrupule et sans risquer d’être poursuivi en justice si vous dites ce que vous pensez du Président de la République.

Une loi qui date de 1881 qui punissait le délit d’offense au Président vient d’être abrogée. C’était grand temps. Entre 1881 et 1958, la loi n’avait été invoquée que neuf fois, mais d’après un article de Time Magazine, 350 personnes ont été condamnés pour avoir insulté le Général de Gaulle pendant sa présidence. En 1964, François Mitterrand se moquait déjà d’un régime capable d’imposer une amende de 500 francs à un citoyen qui avait crié « À la retraite » au passage du Général de Gaulle.

La Cour Européenne des Droits de l’Homme s’est prononcée contre la France  pour avoir condamné Hervé Eon à 30 euros d’amende pour avoir porté une pancarte devant Nicolas Sarkozy où était inscrite la phrase « Casse-toi pov’ con ». L’ironie c’est que c’est la même phrase que Monsieur Sarkozy lui-même a lancée à un inconnu au Salon de l’Agriculture en 2008. Une phrase devenue, depuis lors,  une des plus célebres formules du siècle.

Pour en savoir plus, lisez le livre de Raphaël Meltz qui raconte l’histoire des injures au chef de l’État du premier malfaiteur au dernier : De voyou à pov’con.

 

A sign for the Quai General de Gaulle in Amboi...

Quai General de Gaulle, Amboise, France                 (Photo credit: Wikipedia)

INSULTING THE PRESIDENT

Go for it, you’re now free to insult the head of State without compunction and without the risk of being taken to court if you say what you think about the President of the Republic.

A law dating from 1881 which punished the offence of insulting the President has just been repealed. It was about time. Between 1881 and 1958, the law was only invoked nine times but, according to an article in Time Magazine, 350 people were convicted of having insulted General de Gaulle during his presidency. In 1964, François Mitterrand was already poking fun at a regime capable of fining a citizen 500 francs for having called out “Retire!” when General de Gaulle went by.

The European Court of Human Rights ruled against France for having given Hervé Eon a 30 euro fine for carrying a placard in front of Nicolas Sarkozy on which was written the phrase  « Casse-toi pov’ con » (Get lost you poor jerk). The irony is that this is the same phrase that Mr Sarkozy himself hurled at a stranger at the Agriculture Show in 2008. A phrase which, since then, has become one of the most famous catchphrases of the century.

To find out more, read Raphaël Meltz’s book which tells the story of insults to the head of state from the first wrongdoer to the last: De voyou à pov’con (From Hooligan to Poor Jerk).