DEVENIR PARISIEN EN UNE HEURE

mars 28, 2022

Comprendre et apprécier l’humour dans une langue étrangère n’est pas chose facile. Les humoristes français les plus connus en dehors de la France sont ceux dont le numéro se repose aussi bien sur le visuel que sur les paroles. Monsieur Hulot de Jacques Tati ne parle presque pas. Le sketch de Coluche, le mec timide vêtu d’un pantalon rose et d’un gilet en laine avec son nom brodé dessus, présenté au grand public pour la première fois en 1974, compte fortement sur l’apparence plutôt comique du raconteur. Rien qu’à le regarder et on se tord de rire.

Olivier Giraud, lui, a trouvé un autre moyen de faire rire les étrangers. Son spectacle, How to become a Parisian in one hour, se joue pour la plupart en anglais. Je n’avais jamais entendu parler de lui, mais l’autre soir j’ai regardé une émission de la chaîne britannique ITV, Joanna Lumley’s Great Cities of the World. Pendant le tour d’horizon de Paris de la comédienne, elle a pris un café avec Olivier Giraud afin d’apprendre comment devenir parisienne.

C’est Coco Chanel qui a un jour prononcé la célèbre phrase “J’aime la couleur tant que c’est du noir”. Olivier a lancé en boutade qu’il conseillait à Joanna de ne porter que le noir, de toujours porter un foulard, même en été, et de ne jamais sourire. Par le biais de la comédie, il fait ressortir les différences culturelles entre les Français et les Anglo-Saxons. Son spectacle fait un tabac depuis plusieurs années au Théâtre des Nouveautés à Paris. Il a même écrit un livre: Guide (très) pratique du parfait Parisien.

BECOME A PARISIAN IN AN HOUR

Understanding and enjoying humour in a foreign language is no easy thing. The French comedians best known outside of France are those whose acts rely as much on the visual as the words. Jacques Tati’s Mr Hulot hardly speaks. Coluche’s sketch, the shy guy in pink trousers and a woollen pullover with his name embroidered on it, first done in public in 1974, relies heavily on the rather funny appearance of the storyteller. You’ve only got to look at him to fall about laughing.

Olivier Giraud has found a different way of making foreigners laugh. His show “How to become a Parisian in one hour” is mostly in English. I’d never heard of him but the other evening I watched a programme on the British channel ITV, Joanna Lumley’s “Great Cities of the World”. During the actress’ overview of Paris, she had coffee with Olivier Giraud in order to learn how to become Parisian.

It was Coco Chanel who famously said “I like colour as long as it’s black”. Olivier quipped that he advised Joanna to wear nothing but black, to always wear a scarf, even in summer, and to avoid smiling. By means of comedy, he points out the cultural differences between the French and Anglo-Saxons. His show has been a big hit at the Théâtre des Nouveautés in Paris. He’s even written a book: A (very) practical guide to the perfect Parisian.


L’ILLECTRONISME

mars 7, 2022

Qui ne s’est pas un jour trouvé devant son écran en train de s’arracher les cheveux à cause des bogues de logiciel ou des trucs qui refusent de fonctionner comme il faut?

L’illectronisme est un néologisme composé d’illettrisme + électronique qui se caractérise par la difficulté ou l’incapacité à utiliser le numérique au quotidien. Beaucoup de gens, surtout les personnes âgées, n’ont pas les compétences nécessaires pour utiliser les outils numériques (ordinateurs, téléphones intelligents etc.). D’autres se trouvent simplement dans l’impossibilité de se payer ces outils.

Le gouvernement français essaie de combler cette lacune avec son programme France Relance qui vise à aider les déconnectés du numérique. Pour inclure tout le monde dans cette transformation, leur plan prévoit la formation de 4000 conseillers numériques, un soutien aux réseaux de proximité (tiers-lieux) et des outils simples et sécurisés pour simplifier les démarches administratives.

Épisode 3 du Feuilleton de la France aborde le sujet. C’est une série de podcasts de Radio France qui va sur le terrain écouter les Français parler de ce qui, à leur avis, mérite le débat. Au Faitout connecté de Saint-Erme-Outre-et-Ramecourt, dans l’Aisne, on va à la rencontre d’une dame âgée de 77 ans qui galère pour prendre rendez-vous chez le médecin sur Doctolib. Ensuite, une jeune mère célibataire au chômage qui n’arrive pas à télécharger des documents pour les envoyer au Pôle Emploi et puis encore une autre femme, la trentaine, qui a du mal à ouvrir un fichier Word.

Si tout ça vous paraît familier, prenez courage. Il est bon de savoir que vous n’êtes pas seul!

DIGITAL ILLITERACY

Who hasn’t at some point found themselves in front of their computer screen tearing their hair out because of software bugs or things which refuse to work properly?

Illectronisme’ (digital illiteracy) is a neologism made up of illiteracy + electronic, which typically involves difficulty or inability to use digital technology on a daily basis. Many people, especially older people, don’t have the necessary skills to use digital tools (computers, smartphones etc.). Others just can’t afford to buy themselves these tools.

The French government is trying to plug this gap with its ‘France Relance’ (Restart France) programme which aims to help people who are not digitally connected. In order to include everyone in this transformation, they plan on training 4000 digital advisers, support for local networks (community hubs) and simple, secure tools to simplify administrative procedures.

Episode 3 of ‘ Feuilleton de la France’ tackles this subject. It’s a series of podcasts on Radio France which goes out into the community to listen to French people talking about things which, in their opinion, are worth discussing. At the ‘Faitout connecté’ (Do everything online) in Saint-Erme-Outre-et-Ramecourt, in the Aisne, we meet up with a 77 year old lady who is struggling to make an appointment with the doctor on Doctolib. Then a young unemployed single mother who can’t manage to upload some documents to send them to the Job Centre and another woman in her thirties who is having trouble opening a Word document.

If all this sounds familiar, take heart. It’s nice to know you’re not alone.


LES BLABLABLA CAISSES

février 28, 2022

Non, ça n’a rien à voir avec Greta Thunberg. Il s’agit en fait d’une tentative de la part de certains supermarchés d’apaiser les clients au moyen d’un peu de papotage.

Vous en avez marre des caissier.es qui passent silencieusement vos achats à leurs bornes à la vitesse de la lumière, vous laissant paniqué au moment de payer? Vous habitez seul et vous vous sentez isolé, bien prêt à causer avec quelqu’un, même un étranger? Eh bien, la blablabla caisse vous attend.

Depuis la mi-janvier au magasin Carrefour du centre commercial de Villiers-en-Bière (Seine-et-Marne), le plus grand hypermarché du groupe, on vient de mettre en place une caisse signalée par une affiche. Vous y passez si vous voulez tailler une bavette avec la caissière. Ça doit permettre d’éviter la frustration des clients suivants qui sont pressés et s’énervent quand une conversation est entamée.

Après un premier essai par Carrefour à Dijon en 2019 avant le confinement, d’autres enseignes comme Système U et Auchan suivent l’exemple. On dit que l’idée originale vient des Pays-Bas. Mais enfin, vraiment? Sur les marchés, dans les épiceries qui ont précédé les supermarchés et dans la plupart des petits magasins qui survivent malgré l’assaut de la grande distribution, on se donne toujours la peine de vous parler.

Espérons que l’ambiance morose de beaucoup de supermarchés est derrière nous. La sociabilité ne coute rien et ça nous remonte le moral. Vive les blablabla caisses!

CHAT CHECKOUTS

No, it’s nothing to do with Greta Thunberg. In fact it’s an attempt on the part of certain supermarkets to soothe customers with a bit of chitchat.

Are you fed up with checkout operators who silently scan your purchases at the speed of light, leaving you in a panic when you’ve got to pay? Do you live alone and feel isolated, happy to talk with someone, even a stranger? Well, the chat checkout awaits you.

Since the middle of January at the Carrefour shop at the Villiers-en-Bière (Seine-et-Marne) shopping centre, the biggest hypermarket of the group, they’ve just installed a special checkout. You go through there if you want to have a natter with the cashier. It’s supposed to avoid frustration for other customers who are in a rush and get worked up when people start to have a conversation.

After an initial trial by Carrefour in Dijon in 2019 before the lockdown, other supermarkets like Système U and Auchan are following suit. Apparently the original idea comes from the Netherlands. Really? In markets, in the grocery stores which preceded supermarkets and in most small shops which are surviving despite the onslaught of large-scale outlets, people were always happy to give you the time of day.

Let’s hope that the gloomy atmosphere of a lot of supermarkets is a thing of the past. Being sociable doesn’t cost anything and it does cheer us up. Long live the chat checkouts!


LES FEMMES TRAVAILLENT GRATUITEMENT

novembre 29, 2021

Vous connaissez peut-être l’expression travailler pour des prunes. Mais saviez-vous que, à partir du 3 novembre 9h22 et jusqu’à la fin de l’année, les femmes françaises “travaillent gratuitement”. C’est ce que rapporte la newsletter féministe, Les Glorieuses. Leur façon accrocheuse de signaler cette inégalité ressemble au jour de dépassement où on dépasse la capacité annuelle de la planète de soutenir l’humanité qui arrive chaque année de plus en plus tôt.

Juste parce que les deux mots clés sont entre guillemets, ça ne doit pas réduire leur impact. Toujours est-il que les inégalités salariales persistent. L’écart des salaires entre les femmes et les hommes se creuse même, une différence de 16,5% en 2021 contre 15,5% en 2020.

En plus de vouloir redresser cette inégalité, Les Glorieuses plaidoie pour une revalorisation des salaires des emplois ou les femmes sont les plus nombreuses, comme la profession d’infirmier et de sage-femme.

Le phénomène n’est évidemment pas propre à la France. Selon une étude du groupe New Street Consulting publiée en août 2021, les femmes administratrices des cent entreprises les mieux cotées à la bourse de Londres sont payées 73% moins que leurs homologues masculins.

Il reste encore du chemin à faire. Emmanuel Macron a déclaré l’égalité hommes-femmes une des grandes causes de son quinquennat. Travailler gratuitement doit être relégué aux oubliettes. Il aurait avantage à se remuer …

WOMEN ARE WORKING FOR NOTHING

You may know the expression “working for peanuts” (or plums in French). But did you know that from 3 November 9.22am and until the end of the year, French women are “working for free”.

That’s what the feminist newsletter “Les Glorieuses” (the glorious ones) is reporting. Their eyecatching way of pointing out this inequality is rather like overshoot day when our annual capacity to sustain human life on earth comes earlier and earlier every year.

Just because the two key words are in inverted commas, this shouldn’t diminish their impact. The fact remains that pay inequalities persist. The salary gap between women and men is even widening, a difference of 16.5% in 2021 compared to 15.5% in 2020.

As well as wanting to put an end to this inequality, Les Glorieuses advocates a revaluation of salaries for jobs where women predominate, such as nursing and midwifery.

Of course the phenomenon is not peculiar to France. According to a study by the New Street Consulting group published in August 2021, female directors of the top 100 companies quoted on the London stock exchange are paid 73% less than their male counterparts.

There’s still some way to go. Emmanuel Macron declared gender equality as one of the big causes of his five year term of office. Working for free should be consigned to the history books. He’d better get a move on …


IEL

novembre 22, 2021

Iel va bientôt arriver.

C’est une erreur de frappe, une coquille, une aberration? Une chose est sûre: c’est le titre le plus court de mes neuf ans d’articles de blog.

Trois lettres seulement, mais elles font beaucoup de bruit. Pourquoi la polémique? Ce nouveau pronom vient de faire son entrée dans le dico Robert en ligne. On définit cette contraction du ‘il’ et du ‘elle’ comme suite: pronom personnel sujet de la 3e personne du singulier et du pluriel, employé pour évoquer une personne quel que soit son genre.

On se rend compte d’une levée de boucliers chez certains politiques, dont Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, qui pense que l’écriture inclusive n’est pas l’avenir de la langue française. Ça ne plaît pas du tout non plus à Bernard Cerquiglini, lexicographe chez Larousse, qui a dit sur BFMTV “Ce n’est pas rien comme changement”.

Pourtant, ce terme, qui est déjà très employé au sein de la communauté LGBTQ+, s’entend de plus en plus. Charles Bimbenet, directeur général des Éditions Le Robert défend son inclusion dans le dictionnaire: “Si son usage est encore relativement faible, il est en forte croissance depuis quelques mois … et il nous est apparu utile de préciser son sens”.

Mais ça pose un problème quand même quand les adjectifs entrent en jeu. Faut-il dire ‘Iel est beau’ ou ‘Iel’ est belle? Que vous souhaitiez l’employer ou le rejeter … ce pronom non-genré est là pour de bon.

IEL

Iel (‘They’) will be here soon.

Is it a typo, a misprint, an aberration? One thing’s for sure: it’s the shortest ever title in my nine years of blogging.

Just three letters, but they’re making a lot of noise. Why the controversy? This new pronoun has just made its appearance in the Robert online dictionary. This contraction of ‘il’ (he) and ‘elle’ (she) is defined as follows: 3rd person singular and plural personal subject pronoun, used to describe someone whatever their gender.

You’ll be aware of an outcry amongst certain politicians, including Jean-Michel Blanquer, Minister of Education, Youth and Sport, who thinks that this inclusive term is not the future of the French language. Bernard Cerquiglini, lexicographer with Larousse, is also less than impressed. He said on BFMTV “This is not a minor change ”.

However, the term, which is already very common within the LGBTQ+ community, is being heard more and more often. Charles Bimbenet, head of Le Robert Éditions defends its inclusion in the dictionary: “Even if it is still used relatively little, it’s been growing for several months … and we thought it was useful to specify its meaning”.

But all the same it does pose a problem when adjectives come into play. Should we say ‘Iel est beau’ (They are beautiful + masculine adjective) or ‘Iel est belle’ (They are beautiful + feminine adjective)?

Whether you want to use it or reject it … this non-gendered pronoun is here to stay.