UNE PÉRIODE DIFFICILE POUR LES BOUQUINISTES DE PARIS

mars 23, 2021

Selon Jérôme Callais, bouquiniste près du Pont Neuf depuis 30 ans, interviewé récemment par le Guardian, son métier est moins un boulot, plutôt une philosophie de vie. Ces libraires de livres anciens et d’occasion travaillent pour des prunes, mais l’air frais, la liberté, les relations avec les clients réguliers, les contacts avec de parfaits inconnus compensent le maigre revenu.

Les bouquinistes, qui colportent leurs marchandises sur les quais de la Seine depuis le XVIe siècle, comptent à peu près 85 femmes et 125 hommes. La plupart ont plus de 50 ans, 40% plus de 65 ans. Chaque franchise, qui comprend quatre boîtes vertes de 2 mètres, est attribuée par la Mairie de Paris avec une licence de 5 ans. Il n’y a pas de loyer, mais les bouquinistes doivent ouvrir au moins quatre jours par semaine et exercer la profession de libraire. Les babioles et les souvenirs destinés aux touristes étrangers qui ne cherchent pas de bouquins français sont permis dans une de vos quatre boîtes.

Les bouquinistes ont dû confronter beaucoup de problèmes ces dernières années: la concurrence d’Amazon et des liseuses électroniques, les manifs des gilets jaunes et les grèves de transport et maintenant les interdictions de voyager, les confinements et les couvre-feux. On espère que la pandémie ne s’avéra pas le coup de grâce.

Après des journées à zéro vente, un des bouquinistes, David Nosek, a créé un site vitrine sur Internet pour présenter à la vente livres, documents et objets de collection: https://bouquinistesdeparis.com/ Il faut faire contre mauvaise fortune bon coeur.

Entretemps, faute de touristes et d’étudiants, les librairies Gibert Jeune emblématiques du Quartier Latin viennent de mettre la clé sous la porte. C’est la fin d’une époque pour ce haut lieu de jeunesse intellectuelle.

A DIFFICULT TIME FOR PARIS’ SECOND-HAND BOOKSELLERS

According to Jérôme Callais, second-hand bookseller near the Pont Neuf for 30 years, recently interviewed by The Guardian, his profession is less of a job, more a philosophy of life. These sellers of antiquarian and second-hand books work for peanuts, but the fresh air, freedom, relationships with regular customers and contacts with complete strangers make up for the low income.

The booksellers, who have been hawking their wares on the embankment of the Seine since the sixteenth century, number around 85 women and 125 men. Most are over 50, 40% are over 65. Each franchise, which comprises 4 green 2 metre boxes, is assigned by the city of Paris with a 5-year licence. No rent is payable, but the booksellers undertake to open at least four days a week and to trade as booksellers. Trinkets and souvenirs suitable for foreign tourists who aren’t looking for French books can be sold from one of your four boxes.

The booksellers have had to face many problems in recent years: competition from Amazon and e-readers, ‘yellow vest‘ demos and transport strikes and now the travel restrictions, lockdowns and curfews. They’re hoping that the pandemic won’t turn out to be the final straw.

After days without any sales at all, one of the booksellers, David Nosek, set up an Internet shop window to display books, documents and collectibles online: https://bouquinistesdeparis.com/ You have to make the best of a bad job.

Meanwhile, due to a lack of tourists and students, the Gibert Jeune bookshops, landmarks of the Latin Quarter, have just pulled down the shutters for good. It’s the end of an era for this Mecca for intellectual youth.


C’EST LÀ LE HIC

décembre 29, 2020

Réélue en mai pour un deuxième mandat, la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, a eu pas mal de problèmes à surmonter, sans compter ceux associés à la pandémie. Elle a pris à bras le corps la pollution, la propreté, le logement et bien d’autres problèmes à long terme.

Même Airbnb est dans sa ligne de mire. Elle se dit pas opposée à ce que les Parisiens mettent un peu de beurre dans les épinards en louant leurs appartements ou chambres de temps en temps. Pourtant, elle a obtenu du gouvernement l’instauration d’un seuil maximum de location de 120 jours par an en même temps qu’un système d’enregistrement afin de faire des contrôles. Car 26 000 logements permanents ont déjà été perdus dans les arrondissements centraux.

Un problème qu’elle n’avait peut-être pas prévu: l’amende de 90 000 euros que doit payer la mairie de Paris suite à la nomination de plusieurs femmes à des postes importants. La situation paradoxale a de quoi surprendre. La ville est sanctionnée pour avoir essayé (en 2018) de rééquilibrer les promotions entre hommes et femmes. Il y avait onze femmes et seulement cinq hommes parmi les nominations de directeurs et sous-directeurs. Il s’agit d’un non-respect de l’objectif légal d’un minimum de 40% de nominations de personnes de chaque sexe dans ces emplois.

Anne Hidalgo a défendu sa décision et juge l’amende “absurde”. Surtout tenant compte du fait que la loi qui date de 2012 a été abrogée depuis. On ne peut pas gagner!

Bonne année!

THEREIN LIES THE RUB

Reelected in May for a second term, the socialist mayor of Paris, Anne Hidalgo, has had quite a few problems to overcome, quite apart from those connected with the pandemic. She’s tackled pollution, cleanliness, housing and many other long term problems.

Even Airbnb is in her sights. She says she’s not opposed to Parisians topping up their income by renting out their flats or rooms from time to time. However, she’s managed to get the government to establish a maximum number of 120 rental days per year, alongside a registration system in order to carry out checks. Because 26,000 permanent homes have already been lost in the central arrondissements.

A problem which she perhaps didn’t foresee: the fine of 90,000 euros which the Paris town hall must pay following the nomination of several women to senior posts. The paradoxical situation is somewhat surprising. The town is being sanctioned for having tried (in 2018) to balance promotions between men and women. There were eleven women and only five men amongst the nominations for manager and assistant manager posts. This constitutes a breach of the legal requirement for 40% of nominations to these posts to be from each sex.

Anne Hidalgo defended her decision and considers the fine “absurd”. Especially bearing in mind that the law which came in in 2012 has since been repealed. You can’t win!

Happy New Year!


COMMENT FAIRE DE LA PUB POUR UN CIMETIÈRE?

août 24, 2020

Comment s’y prendre pour faire de la publicité pour un cimetière? C’est le problème auquel ont dû se confronter les administrateurs du nouveau cimetière parisien qui a ouvert ses portes en 1804, aujourd’hui connu comme Père-Lachaise, le cimetière le plus visité du monde.

Le lieu de convalescence jésuite de 17 hectares, dont l’occupant le plus illustre était le confesseur de Louis XIV, François d’Aix de la Chaise, a été transformé en cimetière en 1804. Malgré les beaux jardins à l’anglaise, les Parisiens ont rechigné le nouveau site qu’ils jugeaient trop éloigné du centre de Paris dans un quartier réputé pour être populaire et pauvre.

Les administrateurs ont eu une idée futée pour une campagne publicitaire par laquelle ils ont transféré les restes de personnes célèbres, notamment Jean de la Fontaine et Molière, au nouveau cimetière, lui donnant ainsi un certain prestige.

Personne ne semble savoir exactement combien de personnes y ont été enterrées au cours des années, parmi les environ 5 000 arbres. Les estimations varient entre 300 000 et 1 000 000, dont le compositeur Frédéric Chopin, l’écrivain Marcel Proust, le poète et dramaturge Oscar Wilde, la chanteuse Édith Piaf et la star du rock Jim Morrison.

HOW WOULD YOU MARKET A CEMETERY?

How would you go about marketing a cemetery? This was the problem facing the administrators of the new Paris cemetery opened in 1804 which came to be known as Père-Lachaise and is now the most visited cemetery in the world.

The 17 hectare Jesuit convalescent home, whose most illustrious occupant was Louis XIV’s confessor, François d’Aix de la Chaise, was converted into a cemetery in 1804. Despite the beautifully landscaped gardens, Parisians turned up their noses at the new site which they thought was too far from the centre of Paris and in an area reputed to be working-class and poor.

The administrators came up with a clever marketing campaign whereby they transferred the remains of famous people, notably Jean de la Fontaine and Molière, to the new cemetery thus giving it a certain cachet.

Nobody seems to know exactly how many people have been buried there over the years amongst the 5000 or so trees. Estimates vary from 300,000 to 1,000,000, including composer Frédéric Chopin, author Marcel Proust, poet and playwright Oscar Wilde, singer Édith Piaf and rock star Jim Morrison.


SUR LE TOIT

mai 4, 2020

On aurait pu craindre que le confinement dû au coronavirus porterait le coup de grâce à La Clef, le dernier cinéma associatif de Paris dans le Ve arrondissement, près du Jardin des Plantes et de la mosquée de Paris.

Au moment du grand renfermement de mars, le cinéma était squatté par un groupe de cinéphiles, spectateurs, ex-salariés et réalisateurs, car le propriétaire des lieux veut vendre le bâtiment. Soutenus, du moins verbalement, par la mairie de Paris et la mairie du Ve, les occupants illégaux assuraient au moins une séance par jour.

Depuis plusieurs années, ce quartier estudiantin est en train de s’embourgeoiser. Le m2 vaut près de 12 000 euros et les célèbres librairies ferment à la pelle.

Mais La Clef, ultime bastion du cinéma indépendant, est devenue porteur d’espoir. Loin des grandes salles impersonnelles qui puent le popcorn, le collectif a trouvé un moyen radical de conserver le cinéma pendant cette période déroutante et anxiogène: ils projètent des films sur le toit du cinéma.

Cette tentative de garder active la présence du cinéma permet aux riverains de voir un film chaque vendredi depuis chez eux, une intervention mémorable qui doit remonter le moral aux cinéphiles. Espérons que le coronavirus ne sonne pas le glas de l’indépendance innovative et que La Clef ne va pas devoir mettre la clef sous la porte.

UP ON THE ROOF

You might have feared that the lockdown due to coronavirus would finish off La Clef, the last community cinema in Paris’ fifth arrondissement, near the Jardin Des Plantes and the Paris mosque.

At the time of the big shutdown in March, the cinema was being squatted by a group of film lovers, spectators, ex-staff and film directors, as the owner of the premises wants to sell the building. Supported, at least verbally, by the Paris and local authorities, the illegal occupants were putting on at least one screening per day.

For several years now, this student quarter has been becoming gentrified. Real estate is worth nearly 12,000 euros per m2 and the famous bookshops are closing by the dozen.

But La Clef (The Key), the last bastion of independent cinema, has become a beacon of hope. A far cry from the huge impersonal multiplexes stinking of popcorn, the collective has found a radical way of keeping cinema going during this baffling and stressful period: they’re projecting films onto the roof of the cinema.

This attempt to keep the cinema’s presence alive allows the locals to see a film every Friday without leaving their homes, a memorable measure designed to cheer up cinema lovers. Let’s hope that the coronavirus doesn’t sound the death knell for innovative independence and that La Clef isn’t going to have to go out of business.


LE MUSÉE DE LA POSTE

décembre 16, 2019

Après cinq ans de travaux, ce musée méconnu vient de rouvrir ses portes. Sur sept étages, une quinzaine de salles d’exposition sont entièrement dédiées aux six siècles de l’histoire de la Poste et à la philatélie.

Le bâtiment, synonyme de l’architecture des années 70 avec son enveloppe de béton et ses sculptures de parpaings sur la façade, a été complètement réinventé à l’intérieur. Le coeur du nouvel agencement est une colonne “totem” vitrée de 20 m de hauteur et 7 m de large, fournissant une spectaculaire galerie verticale.

Au premier étage, on peut voir tous les timbres émis en France depuis 1849, environ 4000 oeuvres d’art en miniature. Au deuxième étage, hommes et métiers sont exposés et au 3e, la conquête du territoire depuis le cheval jusqu’aux drones. On se régale de nombreuses pépites comme une robe de bal faite de 2000 timbres et une compression de chèques postaux créée par le sculpteur César.*

À l’extérieur, on trouve une série de panneaux festifs qui illustrent les différentes boîtes postales au fil des années et qui rendent hommage aux mouvements d’art comme l’art nouveau, l’art déco et le pop art. Des messages au sujet de l’accélération de l’extinction de la faune y sont intégrés, de la chasse aux trophées à la pollution plastique.

Le musée se trouve au 34, boulevard de Vaugirard au coeur du quartier de Montparnasse dans le Xve et vaut bien le détour.

* Pour un article au sujet de César, suivez ce lien: https://saliannefrenchfocus.wordpress.com/2017/02/27/cesar/

Et pour connaître le facteur le plus célèbre de France:

https://saliannefrenchfocus.wordpress.com/2018/03/05/ferdinand-cheval-le-facteur-le-plus-celebre-au-monde/

Votre blogueuse va marquer une courte pause. Je souhaite à tous mes lecteurs et lectrices de très bonnes fêtes de fin d’année.

THE POST MUSEUM

After five years of works, this little known museum has just reopened its doors. On seven levels, around fifteen exhibition halls are entirely given over to six centuries of the history of the French post office and to philately.

The building, synonymous with the architecture of the seventies with its concrete envelope and breeze block sculptures on the facade, has been completely redesigned inside. The heart of the new layout is a glass “totem” column 20 m high and 7 m wide, providing a spectacular vertical gallery.

On the first floor, you can see all the stamps issued in France since 1849, around 4000 miniature works of art. On the second floor, “men and jobs” are exhibited and on the third, “conquering the territory” from the horse to the drone. You can enjoy numerous gems such as a ball dress made from 2000 stamps and a compression of post office cheques created by the sculptor César.*

Outside, you find a series of festive panels illustrating different postboxes through the years and which pay tribute to artistic movements like “art nouveau”, “art deco” and “pop art”. Messages about the speeding up of the extinction of fauna have been integrated into the panels, from trophy hunting to plastic pollution.

The museum is at 34, boulevard de Vaugirard in the heart of the Montparnasse quarter in the 15th arrondissement and is well worth a visit.

* For an article about César, follow this link:

https://saliannefrenchfocus.wordpress.com/2017/02/27/cesar/

And to find out about France’s most famous postman:

https://saliannefrenchfocus.wordpress.com/2018/03/05/ferdinand-cheval-le-facteur-le-plus-celebre-au-monde/

Your blogger is taking a short break. Season’s greetings to all my readers.