LES LIBRAIRIES: COMMERCES DE PREMIÈRE NÉCESSITÉ?

mars 23, 2020

Il est bien connu que les Français sont passionnés des livres et de la littérature. Mais les librairies sont-elles des commerces de première nécessité? Ça c’est une question d’opinion.

À cause du Coronavirus, depuis samedi dernier, les librairies françaises sont tenues de fermer boutique jusqu’à nouvel ordre. Selon le gouvernement, elles ne sont pas “indispensables à la vie du pays”. Jugés essentiel à la vie et donc restant ouverts sont les magasins et marchés alimentaires, les pharmacies, les tabacs (ils vendent souvent des journaux), les maisons de la presse et les stations-service.

Mais au micro de France Inter jeudi matin, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a dit qu’il est prêt à rouvrir la question. « Moi, j’estime que la librairie est un commerce de première nécessité» a-t-il dit. Selon lui, on pourrait définir des règles strictes: nombre de clients limité à un moment donné, interdiction de bouquiner toute la journée etc.

Et les libraires, qu’en pensent-ils? Certains tiennent à rouvrir le plus rapidement possible pour éviter de perdre définitivement leurs fonds de clientèle à Amazon qui a vu ses commandes exploser ces derniers jours. D’autres ne sont pas d’accord et revendiquent le droit à la fermeture pour des raisons de sécurité sanitaire et responsabilité citoyenne face à l’épidémie.

Si vous cherchez des livres français pour vous aider à traverser cette période difficile, la rubrique Livres de l’archive de ce blog contient une vingtaine de recommandations. Par exemple Le Chapeau de Mitterrand d’Antoine Laurain conviendrait à quelqu’un qui se bat pour lire un roman entier en français. Les chapitres sont courts et le vocabulaire pas compliqué. Voir: https://saliannefrenchfocus.wordpress.com/2015/07/07/le-chapeau-de-mitterrand/

BOOKSHOPS: ARE THEY ESSENTIAL BUSINESSES?

It’s well known that the French are mad about books and literature. But are bookshops essential businesses? That’s a matter of opinion.

Because of the Coronavirus, since last Saturday French bookshops have been obliged to shut up shop until further notice. According to the government, they aren’t “essential to the country’s life”. Deemed to be indispensable and therefore staying open are food shops and markets, chemists, tobacconists (they often sell newspapers), newsagents and petrol stations.

But on France Inter on Thursday morning, the Finance Minister Bruno Le Maire said that he’s willing to look at this again. “To my mind, bookshops are essential businesses” he said. According to him, there could be strict rules: a limited number of customers at any given moment, a ban on browsing all day etc.

And the booksellers, what do they think about this? Some are keen to re-open as quickly as possible to avoid losing their client base forever to Amazon which has seen its orders explode in recent days. Others don’t agree and claim the right to protect health and act as responsible citizens in the face of the epidemic.

If you’re looking for French books to help you get through this difficult period, the “Livres” category of this blog’s archive contains around twenty recommendations. For example, “Mitterrand’s hat” by Antoine Laurain would suit someone who struggles to get through a whole French book. The chapters are short and the vocabulary isn’t complicated. See: https://saliannefrenchfocus.wordpress.com/2015/07/07/le-chapeau-de-mitterrand/


LA RENTRÉE LITTÉRAIRE

septembre 3, 2017

La rentrée n’est plus seulement une occasion réservée aux enfants. Bien sûr on parle de la rentrée scolaire, mais, de nos jours, il est aussi question de la rentrée politique et de la rentrée littéraire.

Pour les bibliophiles, c’est le moment de l’embarras du choix. En 2017, 390 romans français seront annoncés entre la mi-août et octobre, par rapport à 363 en 2016, y compris 81 premiers romans. La lecture est incontestablement un passe-temps encore populaire en France, malgré l’attrait d’Internet.

La course aux prix littéraires est bien entamée: Goncourt, Femina, Médicis et beaucoup d’autres encore. Les ventes des livres gagnants vont exploser, au bonheur de leurs maisons d’édition et des libraires.

D’autres manières de décrire quelqu’un qui aime les livres: un rat de bibliothèque, un dévoreur/une dévoreuse de livres, un bouquineur/bouquineuse. À noter que les traductions des mots librairie et bibliothèque en anglais sont contraires à l’intuition: librairie veut dire bookshop, tandis que library se traduit par bibliothèque.

Bonne lecture!

THE AUTUMN LITERARY SEASON

The start of the new school year is no longer only an occasion reserved for children. Of course we talk about going back to school, but nowadays, we also talk about the new political season and the new literary season.

It’s a time when book lovers are spoilt for choice. In 2017, 390 French novels will come out between mid-August and October, compared to 363 in 2016, including 81 first novels. Reading is undoubtedly still a popular pastime in France, despite the attraction of the Internet.

The race for literary prizes is well underway: Goncourt, Femina, Médicis and many others too. Sales of the winning books will rocket, much to the joy of their publishers and booksellers.

Other ways of describing someone who loves books: ‘un rat de bibliothèque’ (a library rat), ‘un dévoreur/une dévoreuse de livres’ (a bookworm), ‘un bouquineur/une bouquineuse’ (a bookworm). Note that the English translations of the words ‘librairie’ and ‘bibliothèque’ are counter-intuitive: ‘librairie’ means ‘bookshop’, whilst ‘library’ is translated as ‘bibliothèque’.

Happy reading!


BD

mai 23, 2016

En parcourant le programme du Festival de Hay, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que les ‘graphic novels’ comme on dit en anglais (les BD en français) bénéficient enfin de plus de publicité en Angleterre et commencent à se distinguer parmi les genres plus conventionnels.

Souvent désignées en France comme le 9e art, les bandes dessinées (BD ou bédé) ne sont plus, depuis longtemps, destinées exclusivement aux enfants. Les BD, bien sûr, c’est aussi les ‘comics’, mais pour ce qui est des livres, il y en a plein qui attirent énormément les adultes. Si vous allez dans une librairie ou une bibliothèque française, vous verrez qu’elles sont toujours bien approvisionnées en BD.

Chaque janvier, le célèbre Festival International de la Bande Dessinée a lieu à Angoulême. Cette année le Prix du Meilleur Album a été décerné à Riad Sattouf pour L’Arabe du futur (tome 2) – une jeunesse au Moyen Orient (1984-85). Il dessine sa vie d’enfant en Syrie et en France du point de vue l’enfant, mais avec un regard d’adulte et a connu un grand succès critique.

Pourtant, plusieurs éditeurs de BD menacent de boycotter la prochaine édition du Festival, en raison dabsence de femmes dans la liste des auteurs éligibles au Grand Prix de la Ville d’Angoulême, mécontentement des auteurs souvent maltraités par l’organisation, baisse de la fréquentation, opacité dans les sélections des prix, cérémonie de clôture désastreuse…‘ Espérons qu’ils vont pouvoir mettre de côté leurs différences avant janvier prochain.

Pour voir une discussion sur l’émission de France 5 La Grande Librairie au sujet de ‘La Lionne’, un roman graphique sur la vie de Karen Blixen, qui démontre le sérieux des critiques littéraires français vis-à-vis des BD: https://www.youtube.com/watch?v=LlY7tBV9Nyk

BD

Looking through the Hay Festival programme, I couldn’t help noticing that graphic novels as they’re called in English (BD in French) are finally getting noticed in England and are beginning to make their mark amongst more conventional genres.

Often referred to in France as the ninth art, it’s a long time since comic strips (BD or bédé) have been aimed solely at children. BD are of course also comics, but when it comes to books, there are plenty which appeal enormously to adults. If you go into a French bookshop or library, you’ll see that they’re always well stocked with BD.

Every January, the famous international BD Festival takes place in Angoulême. This year the prize for the best album was awarded to Riad Sattouf for ‘The Arab of the Future (vol 2) – a Middle East childhood (1984-85). He draws his life as a child in Syria and France from the child’s viewpoint, but with an adult’s eye and has had great critical success.

However, several BD editors are threatening to boycott the next Festival because of the absence of women in the list of authors eligible for the Grand Prix de la Ville d’Angoulême, the dissatisfaction of authors often mistreated by the organisation, declining footfall, lack of openness in the prize judging, disastrous closing ceremony …’ Let’s hope that they’ll be able to put their differences aside before next January.

To see a discussion on France 5′ s programme ‘The Big Bookshop’ about ‘La Lionne’, a graphic novel on the life of Karen Blixen, which shows the seriousness of French literary critics towards BD: https://www.youtube.com/watch?v=LlY7tBV9Nyk



MICHEL HOUELLEBECQ

septembre 8, 2015

Cette semaine la traduction anglaise du roman Soumission de Michel Houellebecq sera publiée. Et ça fait déjà couler beaucoup d’encre.

Houellebecq: on l’admire, on le déteste, on l’adore, on lui reproche son franc-parler, on le lionise. En France c‘est probablement le romancier le plus discuté de tous les temps. On l’accuse d’être misogyne, misanthrope, islamophobe, provocateur. Depuis l’attaque sur Charlie Hebdo, il est sous la protection de la police 24h/24. Sa caricature était à la une de l’hebdo sorti le 7 janvier 2015, jour du massacre.

Et ce nouveau roman? C’est le sixième de l’enfant terrible de la littérature française qui a gagné le prestigieux prix Goncourt en 2010 pour La carte et le territoire. La nouvelle oeuvre s’appuie sur une notion fantaisiste: c’est l’an 2022 et après deux quinquennats de François Hollande, le pays est au bord de la guerre civile. Marine Le Pen du Front National conteste le second tour de l’élection présidentielle avec Muhammad Ben Abbes de la Fraternité Musulmane.

Le livre a vendu 650 000 copies en France. Il est intéressant de noter que les couvertures varient selon le pays de publication. L‘édition anglaise est noire et montre la ligne des toits parisienne, celle de la Hongrie montre la Joconde en burqa tandis que l’originale française est très simple et sans image.

Je n’écris pas pour aujourd’hui dit Houellebecq. J’écris pour le long terme. Cet écrivain formidable, est-il aussi prophète?

A lire une interview dans le Guardian: http://www.theguardian.com/books/2015/sep/06/michel-houellebecq-submission-am-i-islamophobic-probably-yes

et à écouter ce court profil de Radio 4: http://www.bbc.co.uk/programmes/b068lst2

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MICHEL HOUELLEBECQ & SUBMISSION

This week the English translation of Michel Houellebecq’s novel ‘Submission’ will be published. And there’s already a lot of comment about it.

Houellebecq: he’s admired, hated, adored, criticised for his outspokenness, idolized. In France he’s probably the most controversial novelist of all time. He’s accused of being a misogynist, a misanthrope, Islamophobic, provocative. Since the attack on Charlie Hebdo, he’s been under 24-hour police protection. A cartoon of him was on the front page of the weekly which came out on 7 January 2015, the day of the massacre.

And the new novel? It’s the sixth by the ‘enfant terrible’ of French literature who won the prestigious prix Goncourt in 2012 for ‘The Map and the Territory’. The new work relies on a clever conceit: it’s 2022 and after François Hollande’s two terms as President, the country is on the verge of civil war. Marine Le Pen of the ‘Front National’ is lining up against Muhammad Ben Abbes of the ‘Fraternité Musulmane’ in the second round of the presidential election.

The book has sold 650 000 copies in France. It’s interesting that the covers vary according to the country of publication. The English edition is black and shows the Parisian skyline, the Hungarian one shows the Mona Lisa in a burka, whilst the original French version is very plain and has no image.

‘I’m not writing for today’ says Houellebecq. ‘I’m writing for the long term.’ Is this brilliant writer also a prophet?

Read a Guardian interview: http://www.theguardian.com/books/2015/sep/06/michel-houellebecq-submission-am-i-islamophobic-probably-yes

Listen to a short profile on Radio 4: http://www.bbc.co.uk/programmes/b068lst2


IL FAUT CULTIVER NOTRE JARDIN

novembre 18, 2014

C’est une des phrases les plus connues de la langue française, cette déclaration qui termine le roman Candide de l’écrivain-philosophe humaniste Voltaire, publié en 1759.  Le titre alternatif de ce chef d’œuvre est L’Optimiste.

L’usage et le mauvais usage de la citation sont répandus : l’interprétation de la phrase est bien discutable. Certains disent que l’écrivain nous conseillait de nous occuper de notre petit coin et d’ignorer tout ce qui se passe autour de nous, autrement dit, il vaut mieux s’occuper de ses affaires que de critiquer celles des autres. On pourrait même dire qu’il faut s’occuper de ses oignons.

D’autres pensent que Voltaire nous conseillait de travailler, de développer nos qualités personnelles et d’exercer nos talents, si on veut être heureux. On a même détourné le sens vers une obligation de ne jamais perdre de vue ses intérêts, une curieuse ironie qui amuserait sans doute l’auteur.

Il y a beaucoup de références contemporaines dans cette satire que l’on peut considérer comme un rapport sur l’état du monde, puisque Voltaire a situé son histoire parmi les grands titres du jour, notamment le tremblement de terre de Lisbonne en 1755. Selon Julian Barnes, Candide est ‘une rumination sur la nature humaine et les problèmes du libre arbitre’ qui aurait semblé aux lecteurs du dix-huitième siècle comme une BD de nos jours.

Si vous voulez lire Candide, le roman est disponible en version originale gratuitement au site Internet du Projet Gutenberg http://www.gutenberg.org/   Je note aussi qu’une traduction anglaise est disponible à télécharger en version Kindle.

 

voltaire

 

WE MUST CULTIVATE OUR GARDEN

It’s one of the most well-known phrases in the French language, this declaration in the final line of the novel ‘Candide’ by the humanist writer-philosopher Voltaire, published in 1759. The alternative title of this masterpiece is ‘The Optimist’.

The use and misuse of the quote is widespread : its meaning is controversial. Some people say that the author was advising us to look after our own little corner and to ignore what’s going on around us, in other words, it’s better to look after our own affairs than to criticise others. You could even say that we should mind our own business.

Others think that Voltaire was advising us to work, to develop our personal qualities and to exercise our talents, if we want to be happy. The sense of the phrase has even been hijacked to mean we should always have an eye to the main chance, a curious irony which would doubtless amuse the author.

There are a lot of contemporary references in the satire which can be thought of as a report on the state of the world, since Voltaire set his story amongst the headlines of the day, in particular the Lisbon earthquake of 1755. According to Julian Barnes, ‘Candide’ is ‘a rumination on human nature and the problems of free will’ which, to eighteenth century readers, would have seemed like a modern-day strip cartoon.

If you want to read ‘Candide’, it’s available in French for free on the Gutenberg Project websitehttp://www.gutenberg.org/ I also note that an English version is available to download as a Kindle book.