LE MOIS DE MAI

mai 1, 2018

Mai: le mois préféré de beaucoup de gens car il annonce l’arrivée du printemps. En France, les employés se régalent du calendrier: quatre jours fériés. Cette année on ne cesse pas de faire le pont* car la Fête du Travail et la Fête de la Victoire tombent un mardi et l’Ascension un jeudi. Ce n’est presque pas la peine d’aller au boulot!

En 1968 c’était le mois des événements. Souvent présenté comme une simple révolte étudiante, il s’agissait en effet de la plus grande grève qui ait jamais eu lieu, pas seulement en France, mais dans le monde. Entre 9 et 10 millions de travailleurs ont fait grève pendant plusieurs semaines.

Dans les rues de Paris et d’autres grandes villes, les pavés volaient et les barricades bloquaient la voie. Au début, la population soutenait les grévistes, mais les syndicats et le parti communiste n’avaient pas de proposition politique alternative susceptible de remplacer le statu quo. La mini-révolution a échoué.

On marque le cinquantenaire de mai 1968 avec des débats, des rétrospectives, des expositions etc. Pour la plupart des soixante-huitards, c’est un pèlerinage dans les lieux du passé. On essaie d’établir un lien entre les grèves actuelles de la SNCF et d’autres, mais la réalité c’est que, pour la plupart des gens, mai 68 est aussi dénué de pertinence que juillet 1789.

Bon premier mai!

*https://saliannefrenchfocus.wordpress.com/2015/07/17/expression-faire-le-pont/

THE MONTH OF MAY

May: many people’s favourite month as it heralds the arrival of spring. In France, employees rejoice in the calendar: four bank holidays. This year people will be repeatedly ‘making the bridge’ * as May Day and Victory Day fall on a Tuesday and Ascension Day on a Thursday. It’s hardly worth going to work!

In 1968, it was the month of the ‘events’. Often described as a mere student revolt, in fact it was the biggest strike that had ever taken place, not only in France, but in the world. Between 9 and 10 million workers came out on strike over several weeks.

In the streets of Paris and other large towns, the cobblestones flew and the barricades blocked the way. At the beginning, the people supported the strikes, but the unions and the communist party didn’t have an alternative political proposal to replace the status quo. The mini-revolution failed.

The fiftieth anniversary of May 1968 is being marked with debates, retrospectives, exhibitions etc. For most of the participants it’s a journey down memory lane. People are trying to establish a link with the current SNCF and other strikes, but the reality is that, for most people, May 1968 is as irrelevant as July 1789.

Happy May Day!

*https://saliannefrenchfocus.wordpress.com/2015/07/17/expression-faire-le-pont/

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LA PILE WONDER NE S’USE QUE SI L’ON S’EN SERT

octobre 9, 2017

La pile Wonder ne s’use que si l’on s’en sert”

C’est un des slogans publicitaires les plus connus du XXe siècle et c’est aussi très utile pour les amateurs de grammaire française.

On y voit le négatif “ne que” au lieu de “seulement,” et en effet c’est la façon de parler d’usage courant.

L’on” est plus souvent employé par écrit, mais aussi quelquefois en communication verbale aux fins d’euphonie.

Se servir”, verbe pronominal réfléchi, est suivi de “de”, ce qui nécessite l’emploi de “en” si on ne veut pas répéter le nom.

Ouf! C’est la fin du mini cours de grammaire.

Mais qu’est-ce que c’est que cette pile Wonder? C’était en 1916 qu’Estelle Courtecuisse a créé une petite entreprise de fabrication de piles à Paris dans le dix-huitième. La volonté de saluer l’effort de guerre des alliés britanniques et de vendre ses piles à l’armée britannique lui a donné l’idée de baptiser ses piles “Wonder”, abréviation pour “Wonderful”.

Les années 50 et 60 étaient l’âge d’or pour Wonder, en raison du développement des transistors et l’essor des marchés africains. Le slogan immortel date de 1958. En 1966, Wonder détient plus de 37% du marché français.

Vendue à Bernard Tapie en 1984, l’entreprise a été restructurée et Wonder n’a gardé que les produits de grande consommation. Rachetée par Ralston, une entreprise américaine, en 1988, la marque est disparue en France. Il ne reste plus qu’une petite production résiduelle sous le nom d’origine destinée à l’Afrique et aux DOM-TOM.

PILE WONDER

Wonder batteries only wear out if you use them”

It’s one of the most famous advertising slogans of the 20th century and it’s also very useful for French grammar fans.

It uses the negative “ne que” instead of “seulement” and in fact this is common parlance.

L’on” is more common in written text, but is also sometimes used in verbal communication for euphonic reasons.

Se servir”, a reflexive verb, is followed by “de”, which requires the use of “en” if you don’t want to repeat the noun.

Phew! That’s the end of the mini grammar lesson.

But what is this “pile Wonder” thing? It was in 1916 that Estelle Courtecuisse set up a small battery manufacturing company in the 18th arrondissement of Paris. Her desire to mark the war effort of the British allies and to sell batteries to the British army gave her the idea of naming her batteries “Wonder”, an abbreviation of “Wonderful”.

The fifties and sixties were the golden age for Wonder, because of the development of transistors and the rapid expansion of African markets. The immortal slogan dates from 1958. In 1966, Wonder had over 37% of French market share.

Sold to Bernard Tapie in 1984, the company was restructured and Wonder only kept on mass consumer products. Bought out by an American company Ralston in 1988, the brand has disappeared in France. Only a small residual production remains under the original name for the African and DOM-TOM (overseas departments and territories) markets.


LA GRANDE MOTTE

août 14, 2017

Ça vous touche? Ça vous impressionne? Ça vous fait frémir? Aimée et détestée dans la même mesure, La Grande Motte ne laisse personne indifférent.

C’est la station balnéaire phare du programme de développement du tourisme de masse lancé par le général de Gaulle au début des années soixante, afin de retenir en France les touristes attirés par l’Espagne et de diversifier l’économie d’une région trop dépendante de la viticulture.

En avance sur son époque, l’architecte Jean Balladur (ancien élève de Jean-Paul Sartre et cousin de l’ancien premier ministre Édouard Balladur) a créé une ville jardin fondée sur des principes de développement durable.

Il s’est inspiré des pyramides Maya surtout pour l’orientation des immeubles perpendiculairement au littoral, ce qui a doublé le nombre d’appartements avec vue sur mer. Il a aussi fait entrer en jeu le dialogue entre le yin et le yang ou des contraires s’harmonisent.

La ville dédiée au soleil (mais on peut la traverser en restant à l’ombre) a 70% d’espaces verts et une promenade éloignée de toute circulation automobile. 120.000 vacanciers l’occupent en pleine saison, mais les habitants permanents, les Grands-Mottois, ne comptent qu’environ 10.000.

Le nom de Grande Motte a pour origine le domaine viticole qui se situait près de la plus grande dune du coin. La ville est jumelée avec la ville de Hornsea en Angleterre. Est-ce que parmi mes lecteurs et lectrices britanniques quelqu’un habite à Hornsea? La grande mode ou la grande moche? À vous de juger.

LA GRANDE MOTTE (the big mound)

Does it move you? Does it impress you? Does it make you shudder? Loved and hated in equal measure, La Grande Motte always provokes a reaction.

It’s the flagship seaside resort of the mass tourism development programme launched by General de Gaulle at the beginning of the sixties, with the aim of keeping tourists drawn to Spain in France and diversifying the economy of an area too dependent on wine growing.

Ahead of his time, the architect Jean Balladur (former pupil of Jean-Paul Sartre and cousin of the former prime minister Édouard Balladur) created a garden town founded on sustainable development principles.

He got his inspiration from the Maya pyramids, especially the orientation of the apartment blocks perpendicular to the coast, which doubled the number of flats with sea view. He also brought into play the dialogue between yin and yang where opposites are in harmony.

The town dedicated to the sun (but you can walk through it and stay in the shade) has 70% green spaces and a promenade well away from car traffic. 120,000 holidaymakers are there in the high season, but there are only around 10,000 permanent inhabitants, the Grands-Mottois.

The name “Grande Motte” (big mound) originates in the vineyard which was situated near the biggest dune in the area. The town is twinned with Hornsea in England. Is there anyone who lives in Hornsea amongst my British readers? The height of fashion or the height of ugliness? It’s up to you to decide.


LES COLONIES DE VACANCES

juillet 17, 2017

Elles sont devenues une institution française, une partie intrinsèque des grandes vacances. Mais de plus en plus des colos ferment. Dans les années soixante, 4 000 000 enfants partaient en colo, aujourd’hui ce n’est plus que 1 200 000 enfants. Selon un rapport du ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, elles risquent de disparaître totalement d’ici 2030.

Les premières colonies de vacances étaient en Suisse dans les années 1870. Grâce au pasteur Hermann Walter Bion, 68 enfants de la ville de Zürich sont partis en montagne pour des vacances de trois semaines chez des paysans.

Les premières colonies en France sont attribuées au philanthrope Edmond Cottinet qui, en 1883, a convaincu la Caisse des écoles (qui venait d’être généralisée à chaque municipalité par les réformes de Jules Ferry) de financer des séjours à la campagne de certains élèves pauvres du IXe arrondissement de Paris.

Plutôt que d’aller chez des familles, les enfants sont allés dans des centres, surveillés par un personnel spécialisé: les moniteurs et monitrices (les monos), aujourd’hui appelés des animateurs. L’objectif fondamental des colos était l’apprentissage du vivre-ensemble et de l’autonomie avec l’ambition de diffuser cette fraternité dans le reste de la société.

Depuis les années 80, les colonies généralistes destinées aux enfants de la classe ouvrière ont laissé place à des centres à thème destinés aux enfants de familles aisées.

Souvenez-vous du tube de l’été 1966 de Pierre Perret Les jolies colonies de vacances? Les paroles représentaient la lettre d’un petit garçon à ses parents, énumérant les problèmes des monos, de la cantine, des punitions, des maladies et même de la traite des blanches! Écoutez la chanson ici: https://www.youtube.com/watch?v=oeCM3V2lqfw

Lecture complémentaire dans l’archive de ce blog: La journée des oubliés de vacances du 27 août 2013 et La laïcité des écoles françaises du 10 septembre 2013

SUMMER CAMPS

They became a French institution, an intrinsic part of the summer holidays. But more and more ‘colos’ (colonies, ie summer camps) are closing. In the sixties, 4 million children went to summer camps, today it’s only 1.2 million. According to a report from the ministry of Towns, Youth & Sport, they are in danger of disappearing completely by 2030.

The first summer camps were in Switzerland in the 1870s. Thanks to the (Protestant) minister Hermann Walter Bion, 68 children from the town of Zürich went for three-week holidays with peasant families in the mountains.

The philanthropist Edmond Cottinet is credited with the first camps in France in 1883. He persuaded the ‘caisse des écoles’ (schools funding body), (which had just been devolved to local councils by the Jules Ferry reforms), to fund country holidays for some poor children from the 9th arrondissement of Paris.

Rather than going to stay with families, the children went to centres which were supervised by specialised staff: the monitors (the ‘monos’), today known as ‘animateurs’ (activity leaders). The basic aim of the camps was to learn about living together and independence, with the hope of spreading this ‘brotherhood’ to the rest of society

Since the eighties, the general camps which were meant for working class children have given way to themed centres attracting children from well-off families.

Do you remember Pierre Perret’s hit of summer 1966 ‘Les jolies colonies de vacances’? The words were meant to be a young boy’s letter to his parents, listing problems with the monitors, the food, the punishments, the illnesses and even the white slave trade! Listen to the song here: https://www.youtube.com/watch?v=oeCM3V2lqfw

Further reading in this blog’s archive:

La journée des oubliés de vacances (The day for children who didn’t get a holiday) dated 27 August 2013 et La laïcité des écoles françaises (The secularism of French schools) dated 10 September 2013


LE RAINBOW WARRIOR

juillet 10, 2017

Le 10 juillet est une date importante dans le calendrier de l’organisation écologiste Greenpeace. Car c’est le 10 juillet 1985 que les services secrets français ont détruit le Rainbow Warrior et entraîné la mort de Fernando Pereira, photographe portugais et membre de l’équipage de Greenpeace.

Ce triste épisode scandaleux a eu lieu en Nouvelle Zélande. Les saboteurs voulaient empêcher les militants de Greenpeace de perturber les essais nucléaires français sur l’atoll de Mururoa dans le Pacifique.

Le navire a coulé dans le port d’Auckland, éventré par deux bombes. Le sabotage avait tourné mal. Pendant deux mois, Charles Hernu, ministre de la Défense, a nié l’implication de la France dans l’attentat, mais il a fini par démissionner. Il n’y a pas eu d’enquête parlementaire. Aucun gouvernement sauf la Nouvelle Zélande n’a condamné l’action française et on a continué d’étouffer l’affaire. Avec le recul du temps, chacun sait que c’était un acte de terrorisme soutenu par l’État et que le président de la République, François Mitterrand, était au courant.

Après cette affaire, Greenpeace, dont la philosophie est fondée sur des principes d’action directe non-violente et de témoignage au tort moral, a vu sa popularité monter dans le monde entier. En 1996, le Rainbow Warrior II, qui a remplacé le chalutier détruit, a été attaqué par des militaires français qui ont employé des bombes lacrymogènes et démoli du matériel. Il a pris sa retraite en 2011, remplacé par le Rainbow Warrior III, un navire spécialement construit afin de permettre à Greenpeace de poursuivre ses campagnes.

THE RAINBOW WARRIOR

The 10th July is an important date in the calendar of the environmental organisation Greenpeace. Because it was on 10 July 1985 that the French secret services destroyed the Rainbow Warrior and caused the death of Fernando Pereira, a Portuguese photographer and member of the Greenpeace crew.

This sad, scandalous episode took place in New Zealand. The saboteurs wanted to prevent Greenpeace militants from interfering with French nuclear tests in Mururoa in the Pacific.

The boat sank in the port of Auckland, torn apart by two bombs. The sabotage had gone badly. For two months, Charles Hernu, minister of Defence, denied French involvement in the attack, but he ended up resigning. There was no parliamentary enquiry. No government outside of New Zealand condemned the French action and the cover-up continued. With the passage of time, it’s become common knowledge that this was a state-sponsored act of terrorism and that the French president, François Mitterrand, was aware of the situation.

After this affair, Greenpeace, whose ethos is based on the principles of non-violent direct action and bearing witness to moral wrong, saw its popularity increase all around the world. In 1996, the Rainbow Warrior II, which replaced the destroyed trawler, was attacked by the French military who used tear gas and smashed up equipment. It was replaced in 2011 by the Rainbow Warrior III, a boat purpose-built for Greenpeace campaigning.