LES COLONIES DE VACANCES

juillet 17, 2017

Elles sont devenues une institution française, une partie intrinsèque des grandes vacances. Mais de plus en plus des colos ferment. Dans les années soixante, 4 000 000 enfants partaient en colo, aujourd’hui ce n’est plus que 1 200 000 enfants. Selon un rapport du ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, elles risquent de disparaître totalement d’ici 2030.

Les premières colonies de vacances étaient en Suisse dans les années 1870. Grâce au pasteur Hermann Walter Bion, 68 enfants de la ville de Zürich sont partis en montagne pour des vacances de trois semaines chez des paysans.

Les premières colonies en France sont attribuées au philanthrope Edmond Cottinet qui, en 1883, a convaincu la Caisse des écoles (qui venait d’être généralisée à chaque municipalité par les réformes de Jules Ferry) de financer des séjours à la campagne de certains élèves pauvres du IXe arrondissement de Paris.

Plutôt que d’aller chez des familles, les enfants sont allés dans des centres, surveillés par un personnel spécialisé: les moniteurs et monitrices (les monos), aujourd’hui appelés des animateurs. L’objectif fondamental des colos était l’apprentissage du vivre-ensemble et de l’autonomie avec l’ambition de diffuser cette fraternité dans le reste de la société.

Depuis les années 80, les colonies généralistes destinées aux enfants de la classe ouvrière ont laissé place à des centres à thème destinés aux enfants de familles aisées.

Souvenez-vous du tube de l’été 1966 de Pierre Perret Les jolies colonies de vacances? Les paroles représentaient la lettre d’un petit garçon à ses parents, énumérant les problèmes des monos, de la cantine, des punitions, des maladies et même de la traite des blanches! Écoutez la chanson ici: https://www.youtube.com/watch?v=oeCM3V2lqfw

Lecture complémentaire dans l’archive de ce blog: La journée des oubliés de vacances du 27 août 2013 et La laïcité des écoles françaises du 10 septembre 2013

SUMMER CAMPS

They became a French institution, an intrinsic part of the summer holidays. But more and more ‘colos’ (colonies, ie summer camps) are closing. In the sixties, 4 million children went to summer camps, today it’s only 1.2 million. According to a report from the ministry of Towns, Youth & Sport, they are in danger of disappearing completely by 2030.

The first summer camps were in Switzerland in the 1870s. Thanks to the (Protestant) minister Hermann Walter Bion, 68 children from the town of Zürich went for three-week holidays with peasant families in the mountains.

The philanthropist Edmond Cottinet is credited with the first camps in France in 1883. He persuaded the ‘caisse des écoles’ (schools funding body), (which had just been devolved to local councils by the Jules Ferry reforms), to fund country holidays for some poor children from the 9th arrondissement of Paris.

Rather than going to stay with families, the children went to centres which were supervised by specialised staff: the monitors (the ‘monos’), today known as ‘animateurs’ (activity leaders). The basic aim of the camps was to learn about living together and independence, with the hope of spreading this ‘brotherhood’ to the rest of society

Since the eighties, the general camps which were meant for working class children have given way to themed centres attracting children from well-off families.

Do you remember Pierre Perret’s hit of summer 1966 ‘Les jolies colonies de vacances’? The words were meant to be a young boy’s letter to his parents, listing problems with the monitors, the food, the punishments, the illnesses and even the white slave trade! Listen to the song here: https://www.youtube.com/watch?v=oeCM3V2lqfw

Further reading in this blog’s archive:

La journée des oubliés de vacances (The day for children who didn’t get a holiday) dated 27 August 2013 et La laïcité des écoles françaises (The secularism of French schools) dated 10 September 2013


MINITEL

décembre 12, 2016

C’est enfoncer des portes ouvertes de dire que Minitel n’arrivait pas à la cheville d’Internet, mais il n’y a aucune raison de le démolir pour ces défauts qui ne sont évidents qu’avec le recul.

Si Minitel est responsable du retard français sur Internet indéniable, les citoyens français étaient à la pointe de la technique dans les années 80 et 90.

Mis en service en 1982, cette petite boîte beige qui nous paraît aujourd’hui ringarde, offrait plus de 20 000 services et infos pratiques et touchait quelque 25 millions de Français. De l’annuaire téléphonique (la plus grande base de données de son temps) à la météo, des opérations bancaires aux réservations de voyage, le terminal distribué gratuitement par l’entreprise d’État France Télecom était au premier plan de la numérisation interactive. Minitel a réalisé son objectif d’informatiser la société française et d’assurer l’indépendance technologique. Un tour de force technique à l’époque, c’était aussi une réussite commerciale.

Saviez-vous qu’il y avait ce qu’on appelait le Minitel Rose? Le numéro 3615 était une espèce de chat en ligne où des hommes payaient pour avoir une “rencontre” avec quelqu’un et taper leurs fantaisies à des filles inconnues, installées pour la plupart dans des centres d’appels. Certains ont dépensé des milliers de francs chaque mois pour ce plaisir littéraire douteux qui semble presque innocent aujourd’hui.

Le grand frère d’Internet avait toujours une durée de vie limitée, une sorte de tremplin entre la civilisation démodée du papier et la connectivité incroyable qui suivrait. Après 30 ans d’existence, Minitel a définitivement raccroché en 2012.

 

MINITEL

It’s a statement of the obvious to say that Minitel wasn’t a patch on the Internet, but that’s no reason to pull it to pieces for its shortcomings which are only evident with the benefit of hindsight. If Minitel is responsible for the French being undeniably behind in Internet terms, French citizens were at the forefront of technology in the 80s and 90s.

Made available in 1982, this little beige box which seems naff to us today, offered over 20,000 services and practical information and reached some 25 million French people. From the phone book (the biggest database of its time) to the weather forecast, from banking operations to holiday bookings, the terminal, which was distributed free by the state-owned France Télécom, led the way in digital interactive technology. Minitel achieved its aim of computerising French society and ensuring technological independence. A technical tour de force at the time, it was also a commercial success.

Did you know that there was what was known as the Pink Minitel? The number 3615 was a sort of online chat service where men paid to “date” someone and to type their fantasies which they sent to unknown girls, mostly installed in call centres. Some people spent thousands of francs a month for this dubious literary pleasure which seems almost innocent today.

The Internet’s big brother was always going to be shortlived, a sort of stepping stone between the old-fashioned paper civilisation and the incredible connectivity which would follow. After 30 years of existence, Minitel finally hung up for the last time in 2012.


C’EST QUOI, LE BON COIN?

octobre 24, 2016

Des patrons lyonnais ont expliqué à Nicolas Sarkozy qu’ils recrutaient sur Le Bon Coin et il a prononcé la célèbre phrase “C’est quoi, le bon coin?” Pourtant l’ex-Président de la République, qui est en train d’essayer de se faire réélire comme candidat de la droite, doit être un des rares Français qui n’ont pas entendu parler de ce site web pour petites annonces entre particuliers.

Avec plus de 26 millions d’annonces (800 000 nouvelles chaque jour – gratuites à placer), cette brocante virtuelle est un des sites français les plus consultés (derrière Google, Facebook, Orange et Microsoft et coude à coude avec Dailymotion et Amazon).

Qu’est-ce qu’on peut vendre sur Le Bon Coin? C’est peut-être plus facile de noter ce qui est proscrit: les armes, la drogue, le tabac, les médicaments, les compléments alimentaires, les offres de massage, les parfums et cosmétiques d’occasion. Autrement, vous pouvez bazarder quoi que ce soit et, avec un peu de chance, trouver un acheteur parmi les 22 millions de visiteurs uniques par mois.

Les internautes trouvent de tout dans cette caverne d’Ali Baba: une parachute, des bagnoles, un château dans les Yvelines à 12 millions d’euros, des fringues, un crachoir dentaire de 1885. Il y a un truc pour faire ça, mais si vous avez le coup, on peut trouver de bonnes affaires ou se faire pas mal de fric.

Le Bon Coin ou Au Bon Coin est aussi un nom populaire pour un café ou restaurant. Vous en trouverez partout en France.

À lire aussi: mon article La Braderie de Lille dans l’archive du 5 septembre 2016.

WHAT IS THE GOOD CORNER?

Bosses in Lyon explained to Nicolas Sarkozy that they were recruiting on “Le Bon Coin” (the good corner) and he famously said “What’s that, the Good Corner?” However, the ex-President of France who is trying to get himself re-elected as the right-wing candidate, must be of the few French people who haven’t heard of this website for small ads between private individuals.

With over 26 million ads (800,000 new ones every day, they’re free to place), this virtual second-hand market is one of the most popular French websites (after Google, Facebook, Orange and Microsoft and neck and neck with Dailymotion and Amazon).

What can you sell on “The Good Corner”? Perhaps it’s easier to note what you can’t sell: firearms, drugs, tobacco, medicines, food supplements, offers of massage, second-hand perfumes and cosmetics. Otherwise, you can chuck out whatever you like and, with a bit of luck, find a buyer amongst the 22 million unique visitors per month.

Internet users find all sorts of things in this Aladdin’s cave: a parachute, old cars, a castle in the Yvelines (posh suburb of Paris) for 12 million euros, clothing, a dentist’s spittoon dating from 1885. There’s a knack to it, but if you’ve got the knack, you can find bargains or make yourself quite a bit of money.

Le Bon Coin” or “Au Bon Coin” is also a popular name for a café or restaurant. You’ll find them all over France.

Further reading: my article “The Lille Street Market” in the archive dated 5 September 2016.


ARISTIDE BRUANT

juillet 10, 2016

Vous connaissez sans doute le poster emblématique Ambassadeurs – Aristide Bruant dans son cabaret. Cette lithographie d’Henri de Toulouse-Lautrec, qui date de 1892, a décoré les murs d’innombrables chambres de francophiles adolescents. L’attrayante écharpe rouge vif qui entoure le cou du personnage plutôt austère et la silhouette énigmatique derrière lui dans certaines versions ont fasciné des générations.

Le style dramatique et sans compromis ne plaisait pas au directeur de la boîte des Ambassadeurs mais Bruant refusait de se produire sans le poster peint par son ami. Le poster a fini par être affiché à l’extérieur du théâtre ainsi qu’à l’intérieur pour décorer l’arc de scène.

Aristide Bruant*, un des créateurs de la chanson réaliste dont Édith Piaf était une des dernières interprètes, est peut-être le chansonnier le plus connu de la belle Époque. Sa voix rauque, sa présence sur scène, son habitude d’insulter le public et sa carrure ont garanti son statut de célébrité.

Mais c’est l’affiche plutôt que les chansons qui a perduré et représente l’époque dans l’imagination populaire. C’est la simplicité des grands segments de seulement cinq couleurs qui assure l’impact de l’image de ces inoubliables affiches.

Avez-vous ce poster emblématique dans votre collection?

*À ne pas confondre avec Aristide Briand, homme politique qui a gagné le Prix Nobel de la paix en 1926.

ARISTIDE BRUANT

You doubtless know the iconic poster ‘Ambassadeurs – Aristide Bruant dans son cabaret’. This lithograph by Henri de Toulouse-Lautrec, which dates from 1892, has graced the walls of inumerable bedrooms of Francophile teenagers. The eye-catching bright red scarf around the neck of the stern-looking character and the mysterious silhouette behind him in certain versions have fascinated generations.

The director of the Ambassadors nightclub didn’t like the dramatic and uncompromising style, but Bruant refused to perform without the poster painted by his friend. The poster ended up being displayed on the outside of the theatre as well as inside to decorate the proscenium arch.

Aristide Bruant, one of the originators of realist songs of which Edith Piaf was one of the last singers, is perhaps the most well-known of the ‘Belle Époque’ singers. His rasping voice, his on-stage presence, his habit of insulting the audience and his physical stature guaranteeed him celebrity status.

But it’s the poster rather than the songs which has lasted and represents the era in the popular imagination. It’s the simplicity of the big blocks of only five colours which gives the image of these unforgettable posters their impact.

Do you have this iconic poster in your collection?

*Not to be confused with Aristide Briand, a politician who won the Nobel Peace Prize in 1926.


LES TROIS COUPS

mars 21, 2016

S’il vous arrive d’aller au théâtre en France, il est possible que, au début de la pièce, vous entendiez une série de coups rapprochés, suivie de trois coups distincts. On frappe sur le plancher avec un bâton qui s’appelle le brigadier.

L’origine de cette tradition est perdue dans la nuit des temps. Ça remonte peut-être au moyen Âge où on avait le but de chasser les mauvais esprits. On dit qu’à l’époque de Louis XV on frappait une fois pour le roi, une fois pour la reine et une fois pour le public.

Le raisonnement serait probablement beaucoup plus banal: ça indiquait que tout le monde était prêt à débuter.

À la Comédie Française, c’est l’exception qui confirme la règle: on frappe six fois, trois coups pour chacune des deux troupes qui se sont réunis en 1680 pour fonder ce grand théâtre.

De nos jours, la coutume des trois coups est un peu ringarde, souvent remplacée par l’appel de bien vouloir éteindre vos portables. La phrase frapper les trois coups s’emploie figurativement quand on commence solennellement quelque chose. J’ai remarqué que plusieurs cafés dans les quartiers théâtraux s’appellent Les Trois Coups. Et moi qui pensais que c’était à cause des trois coups de rouge qu’on avait l’habitude d’y consommer!

THE THREE KNOCKS

If you happen to go to the theatre in France, at the start of the play you may hear a series of short knocks, followed by three distinct knocks. Someone is banging on the floor with a stick called a ‘brigadier’.

The origin of this tradition is lost in the mists of time. It may go back to the Middle Ages when it’s purpose was to dispel bad spirits. It’s said that at the time of Louis XV, there was one knock for the king, one for the queen and one for the audience. The reason was probably a lot more mundane: it showed that everyone was ready to begin.

At the Comédie Française, the exception proves the rule: they knock six times, three for each of the two troupes who got together in 1680 to found this great theatre.

Nowadays, the three knocks custom is a bit old hat, frequently replaced by the plea to switch off your mobiles. The phrase ‘frapper les trois coups’ is used figuratively when you start something off in a solemn way. I noticed that several cafés in theatre quarters are called ‘Les Trois Coups’. And I thought it was a reference to the three ‘coups de rouge’ (glasses of red wine) that people used to drink there!